Mes chers compatriotes,
L'année 2006 a marqué un tournant décisif dans l'Histoire de notre pays; mettant fin à la Transition, le peuple congolais a posé de nouvelles bases à son devenir.
Au moment où la IIIème République s'installe progressivement au niveau national et provincial; permettez-moi de vous souhaiter une joyeuse et heureuse année 2007.
Que celle-ci vous apporte paix et justice !
Que les espérances de bonheur et de prospérité puissent se concrétiser pour vous tous : fonctionnaires, travailleurs, commerçants et chômeurs, hommes et femmes, jeunes et vieux de notre pays !
Malheureusement, comme vous le savez, cette année s'est ouverte sur une épreuve douloureuse pour le peuple congolais, avec la disparition de Son Eminence le Cardinal Frédéric Etsou.
A ce propos, je réitère ici, au nom de notre famille politique et du mien propre, les condoléances les plus attristées à la communauté chrétienne du Congo, dans son ensemble, et à l'Eglise catholique en particulier. Que tous les hommes épris de paix et de justice, et qui portent en mémoire le défunt, trouvent ici l'expression de notre douloureuse compassion.
L'engagement de l'illustre disparu nous laisse le témoignage de la foi dans l'action et le testament sur la nécessité de persévérer dans la recherche d'une meilleure destinée à notre Nation. Mes chers compatriotes,
A l'issue des scrutins qui se sont déroulés dans notre pays, en dépit de tout ce qui a pu se passer, et vous en avez été témoins, j'ai dans l'Intérêt supérieur de la Nation appelé la population au calme.
J'ai également pris l'engagement solennel d'?uvrer, dans le cadre d'une opposition républicaine et forte, pour la paix, la stabilité et la préservation de fragiles acquis de la démocratie dans notre pays, dans le but d'éviter au pays le chaos et la violence. La Constitution de la République a institutionnalisé l'opposition comme un rouage important de la vie publique nationale.
A ce jour, les signaux que renvoient le triomphalisme et l'arrogance du pouvoir tendent à fouler aux pieds les principes établis dans la Constitution pour créer et asseoir des équilibres, sur base desquels les gouvernements national et provinciaux pourraient diriger dans la stabilité, et les minorités jouer le rôle constitutionnel de l'opposition.
La tentation d'écraser l'opposition et la méconnaissance de son rôle politique rompent les équilibres, compromettent la stabilité et ruinent le pacte républicain. Qu'on y prenne garde !
Le détournement de la loi, la corruption des élus consument les v?ux de voir s'établir une démocratie apaisée et portent les germes de l'instabilité et de l'effritement des acquis démocratiques.
Le pouvoir en place nous a annoncé comme priorité de son action la lutte contre la corruption.
Bien au contraire, la corruption a cessé d'être l'apanage du cénacle économique et financier, il a gagné le terrain des élus au point de devenir la règle du jeu politique.
Le spectacle désolant d'achat des consciences par la corruption des élus, à l'occasion des élections des sénateurs et des gouverneurs, augure de ce que la corruption est aujourd'hui érigée en système de conquête de pouvoir et de fonctionnement de nos institutions.
Cette gangrène doit être extirpée de notre jeune démocratie par l'adoption des lois appropriées et la poursuite implacable des auteurs de cette délinquance. Alors que l'atterrissage de la Transition devait s'ouvrir sur une troisième République, plus libre; la situation des droits de l'homme est de plus en plus préoccupante. Les arrestations et détentions arbitraires se font légion sur base de motivations politiciennes, qui instrumentalisent l'appareil judiciaire.
Après le rapt du pasteur Fernando Kutino, toujours en détention à ce jour, Maître Marie-Thérèse Landu est détenue sans motif, pendant que de nombreux militants du MLC et des partisans de l'Union croupissent dans les geôles du pouvoir et les prisons de la République.
Il est venu le temps, pour le pouvoir, de remettre en liberté les innocents et que cesse la chasse aux sorcières contre les paisibles citoyens.
C'est pourquoi je demande solennellement au pouvoir en place de libérer les détenus d'opinion, dont certains ont perdu la vie en prison. Cette situation déplorable n'est ni digne de notre Nation, ni de son système politique.
Face à cette dérive rampante, je voudrais rassurer de ma détermination tous ceux qui nous ont apporté leur suffrage et tous ceux, qui nous ont rejoint depuis. Ensemble, nous poursuivrons, dans ce nouveau contexte, le combat pour les droits et libertés de chacun de nos concitoyens.
La réussite de cette lutte ne saurait être au rendez-vous qu'à la condition d'observer à la fois l'unité et la responsabilité dans notre conduite.
Nous entendons ainsi poursuivre le combat de l'opposition dans l'unité de vision et d'action, entre nos différentes formations politiques, afin de garantir à cette opposition les moyens constitutionnels et légaux de remplir correctement sa mission.
C'est pourquoi, je vous invite à participer à l'action de la réorganisation des forces de l'opposition.
Des contacts seront entrepris, poursuivis et approfondis en direction de l'opposition non il institutionnelle. Des assises seront convoquées dans les prochains jours pour mettre en ordre de bataille nos organisations politiques respectives.
Il s'agira de permettre à l'opposition de jouer pleinement son rôle de critique, de contre-proposition, de contre-pouvoir et d'alternative.
Le combat de l'opposition se poursuivra également à travers la responsabilité de nos élus au niveau national et dans les provinces.
Jamais l'opposition n'a eu dans notre histoire autant des leviers face au pouvoir !
Les élus provinciaux auront à établir, là où nous aurons la conduite des affaires publiques, la marque distinctive de la gouvernance par notre famille politique dans sa volonté de transformation du pays.
Tirant les conséquences des suffrages, qui ont été exprimés en faveur de l'opposition, et de la soif de changement chez une partie importante de nos compatriotes, nous ne laisserons pas s'instaurer un système qui ne tienne compte ni des équilibres politiques internes du pays, ni des droits constitutionnels de l'opposition ou qui verse dans les pratiques anti-démocratiques, diluant ainsi l'intérêt général dans les combines partisanes.
Nous userons, chaque fois que nécessaire, de toute notre influence et de tous les moyens de droit, que nous offre la Constitution notamment les manifestations, les grèves et autres voies légales de résistance et de protestation pour marquer notre désapprobation et, le cas échéant, faire obstacle au déploiement d'un régime dictatorial, derrière la 1 façade démocratique.
Nous serons aux côtés de la population pour assurer la défense de ses intérêts et ceux du pays.
C'est fort de ces valeurs que je vous invite à l'union de forces de l'opposition pour faire face au pouvoir afin que triomphent les intérêts supérieurs de notre Nation.
Vive la République !
Vive le Congo démocratique !
Ensemble, avec Dieu, nous vaincrons !
Je vous remercie.
Jean-Pierre BEMBA